Il reprend ainsi la feuille de route fixée par François Fillon à ses ministres lors d’un séminaire récent à Matignon : la précampagne est ouverte et le bilan du Président sortant doit être mis en valeur, expliqué y compris dans les difficultés rencontrées du fait de la crise financière et économique.
A l’occasion de cette entrevue avec la presse locale Henri de Raincourt déclare que le Président a su « gérer la plus grave crise depuis 1929, en agissant sur les secteurs bancaire et automobile qui ont remboursé, avec intérêts, l'argent que l'État leur avait prêté », qu’il  « n'a jamais cessé d'accélérer, conduisant la réforme des retraites, celle de la carte judiciaire, de la carte militaire ». Il affirme chiffres à l’appui que « Les Français ont vu leur pouvoir d'achat augmenter même s'ils ont l'impression du contraire »,  ajoutant qu’il ne comprend pas cette impopularité « hallucinante » qui frappe actuellement et depuis de nombreux mois le Président de la République.
Connaissant la finesse de l’ancien sénateur de l’Yonne, il est évident que loin de ne pas comprendre, il saisit parfaitement l’origine de ce décalage, ce gouffre abyssal qui sépare effectivement une action permanente et la perception qu’en a le peuple.
Henri de Raincourt sait très bien que pour le plus grand nombre de nos concitoyens le Président de la République est plus qu’un simple « acteur », qu’il est comptable à leurs yeux d’une autre dimension que la « conjoncturelle ». Pour beaucoup le Président est avant tout le garant d’une certaine unité réclamant pour l’atteindre de se placer souvent au-dessus de l’évènement du jour. C’est à ce niveau que se situe le hiatus le plus large entre Sarkozy et le peuple.
Il est impossible de dire que les français n’étaient pas prévenus. Lors de la campagne de 2007 Nicolas Sarkozy avait largement développé la notion de la « rupture » qu’il voulait incarner avec les pratiques de ces prédécesseurs. Il prévenait qu’il se sentait responsable de tout et qu’il assumerait tout. Il n’est pas évident que ceux qui l’écoutaient aient parfaitement compris, à l’époque, les changements que cette option nouvelle sous-entendaient. La nouvelle forme d’exercice du quinquennat si elle supposait la responsabilité totale et entière, impliquait le " touche à tout "  du Président. En ce sens le Président devenait un véritable « fusible », rôle naguère réservé au Premier Ministre. En endossant la double casquette, Nicolas Sarkozy récolte ce qui était parfaitement prévisible, sans possibilité de se défausser.
Un autre point ne peut échapper au Ministre de la coopération, les Français tout en étant un peuple décapiteur de Roi, sont attachés à une certaine « image régalienne » du Président de la République que lui a d’ailleurs conféré avec une force supplémentaire son élection au suffrage universel. Par ses manières « people » d’étaler vie privée, amours et peines etc. Nicolas Sarkozy trouble cette image traditionnelle. Là encore il avait prévenu que le « jeu de la transparence » serait total. Le début du mandat, le Fouquet’s, les amis du show biz ne furent pas occultés, ni reniés. Les français applaudissaient au « projet » sans en avoir apprécié la réalité et ils sont bien loin d’avoir la maturité d’en accepter les images qu'ils trouvent maintenant choquantes.
Enfin, le contexte de la crise n’a pas simplifié l’exercice par rapport aux promesses du candidat de 2007. La mise en valeur du travail, de l’effort, de la réussite pour ceux qui entreprennent, a été endommagée par les « tsunamis » boursiers. Les Français ont découvert que la réussite, la richesse, le pouvoir d’achat confortable rimaient plus avec tripatouillages financiers et profits spéculatifs qu’avec effort d’innovation et gain de productivité. Par cette découverte nos concitoyens ont été comme toujours, taraudés par le sentiment destructeur de l’inégalité, celui de l’injustice sociale, du « deux poids deux mesures » : les efforts pour le plus grand nombre, les profits pour une minorité.
Il y a de l’irrationnel dans tous ces sentiments mélangés, mais ; et Henri de Raincourt le sait parfaitement, la politique repose bien souvent sur l’irrationnel absolu et sur des « sentiments », du rêve, « changer la vie » par exemple.

RETIF