SOCIETE
Enseignement supérieur à Auxerre : quand la communication municipale travestit la réalité
le mercredi 04 février 2026, 19:18 - SOCIETE - Lien permanent
L'enseignement supérieur se renforce à Auxerre : c'est faux
<p><span style="font-size: 30px;"><strong><span style="font-family: Arial;">A</span></strong></span><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;">u début du mois, les foyers auxerrois ont reçu les supports de communication de la Ville d’Auxerre, présentant un bilan particulièrement flatteur de l’action municipale. Nous avons déjà démontré que le niveau réel des investissements annoncés était discutable. Ces documents illustrent une méthode désormais bien connue : une communication très construite, qui sélectionne les éléments mis en avant et occulte les données les plus défavorables. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;">C’est particulièrement le cas lorsque la municipalité affirme que « l’enseignement supérieur se renforce » à Auxerre, laissant entendre qu’une politique volontariste aurait permis de structurer une offre universitaire ambitieuse, capable de retenir les jeunes sur le territoire. Comme pour le budget municipal, cette affirmation, répétée à l’envi, ne résiste pas à l’examen des faits et des chiffres officiels. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;"> UNE HAUSSE D'EFFECTIFS TROMPEUSE, PORTÉE QUASI EXCLUSIVEMENT PAS LES FORMATIONS COURTES </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;"> Selon les données officielles de l’Université Bourgogne Europe, le site d’Auxerre compte 1 101 étudiants en 2024, contre 824 en 2016. Cette évolution est régulièrement mise en avant par la municipalité pour justifier son discours sur le « renforcement » de l’enseignement supérieur. Or, l’analyse détaillée des effectifs montre une réalité beaucoup plus déséquilibrée. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;"> La structure des effectifs à Auxerre en 2024 est la suivante : • 599 étudiants en BUT/DUT • 342 étudiants dans des dispositifs périphériques (capacités, DU, formations spécifiques) • 118 étudiants en master ou ingénierie • 42 étudiants seulement en licences professionnelles Autrement dit, plus de la moitié des étudiants relèvent de formations courtes, tandis que le supérieur long demeure minoritaire et structurellement fragile. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;"> L'EFFONDREMENT DES LICENCES PROFESSIONNELLES, IGNORÉ PAR LA COMMUNICATION MUNICIPALE</span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;"> Le chiffre le plus révélateur concerne les licences professionnelles, pourtant essentielles pour un territoire comme Auxerre : • 140 étudiants en 2022 • 65 en 2023 • 42 en 2024 Soit une baisse de près de 70 % en deux ans. Cette évolution ne peut être qualifiée ni de marginale ni de conjoncturelle. Elle s’inscrit dans un contexte où la municipalité a privilégié la création d’un label de communication, sans engager un travail structuré avec les acteurs historiques du territoire, notamment la Maison de l’Entreprise. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;">Ce recul massif traduit une réduction très nette de l’offre intermédiaire, compatible avec des fermetures, des non-ouvertures ou des mises en sommeil de formations, sans débat public ni explication politique claire. Dans ces conditions, parler de « renforcement de l’enseignement supérieur » relève d’une présentation très éloignée de la réalité observée, comparable à celle déjà constatée sur d’autres dossiers budgétaires. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;"> LA FILIÈRE À HYDROGÈNE : UNE MISE EN AVANT DISPROPORTIONNÉE</span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;"> Pour étayer son discours, la communication municipale met également en avant la « filière hydrogène », présentée comme un symbole d’innovation et d’excellence universitaire. Les faits montrent toutefois que les formations concernées reposent sur des dispositifs ciblés, à effectifs limités, souvent portés par des structures de formation technologique ou professionnelle, parfois extérieures au site d’Auxerre. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;">Le master à dominante QHSE–hydrogène fréquemment cité correspond à une promotion expérimentale, conçue comme une réponse sectorielle à certains besoins industriels. Il ne s’agit ni d’une école d’ingénieurs implantée à Auxerre, ni d’une filière universitaire complète, ni d’un pôle académique structurant. Cette offre, aussi intéressante soit-elle sur le plan technique, ne constitue pas un écosystème universitaire. Elle ne compense ni l’effondrement des licences professionnelles, ni la faiblesse du supérieur long, ni l’absence de facultés complètes. Sa mise en avant relève donc davantage d’un choix de communication que d’une politique universitaire structurée. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;"> ABSENCE D'UNIVERSITÉ DE </span></span><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;">PLEIN EXERCICE ET DÉPENDANCE DÉCISIONNELLE PERSISTANTE</span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;"> Contrairement à ce que peuvent laisser penser les supports municipaux, Auxerre ne dispose pas d’une université autonome ni de facultés complètes. Le site reste entièrement dépendant de décisions prises ailleurs, sans maîtrise locale de l’offre de formation ni capacité à définir une trajectoire universitaire ambitieuse. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;">La mise en avant du PASS (Parcours d’Accès Spécifique Santé) participe de cette confusion : il s’agit d’un dispositif d’accès aux études de santé, et non d’une faculté de médecine ou d’un pôle universitaire de santé complet, aucune poursuite intégrale des études médicales n’étant possible sur place. La communication municipale entretient ainsi une ambiguïté manifeste, dont les effets sont principalement politiques. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;">LE MAINTIEN DES JEUNES : UN OBJECTIF AFFICHÉ, UN RÉSULTAT NON ATTEINT</span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;">Le discours officiel affirme que l’offre d’enseignement supérieur permettrait de mieux retenir les jeunes sur le territoire. Les données disponibles conduisent à un constat inverse. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;">À Auxerre : • les formations Bac+5 restent peu nombreuses, • les grandes filières universitaires structurantes sont absentes, • les formations longues demeurent marginales ou expérimentales. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;">En conséquence, la majorité des jeunes poursuit toujours ses études ailleurs après le baccalauréat. Cette réalité est connue, mais elle n’est jamais intégrée au discours municipal, ni accompagnée d’une remise en question de la stratégie suivie depuis cinq ans. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;"> CONCLUSION : 5 ANNÉES SANS STRATÉGIE POUR LA JEUNESSE ET LA FORMATION</span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;"> Après cinq années de mandat,le constat est clair : aucune stratégie cohérente et ambitieuse en matière de formation et d’enseignement supérieur n’a été mise en œuvre à Auxerre. Aucune vision globale n’a été construite. Aucune ambition structurante n’a été défendue auprès de l’État ou de l’Université. Aucune réponse politique n’a été apportée à la disparition progressive de certaines formations. À cela s’ajoute la fragilisation de dispositifs essentiels à l’accueil des jeunes en formation, comme le foyer de jeunes travailleurs, dont les subventions ont été supprimées brutalement. La municipalité a fait un autre choix : celui de la communication, privilégiant des supports valorisants, des chiffres partiels et des dispositifs marginaux présentés comme emblématiques. </span></span></p> <p><span style="font-size: 18px;"><span style="font-family: Arial;">Comme pour le budget municipal, la communication est devenue plus publicitaire que fidèle à la réalité de l’action menée. Ce choix n’est pas neutre. Il a un coût social et territorial majeur : celui de laisser partir les jeunes, d’affaiblir durablement l’offre de formation et de condamner Auxerre à demeurer une ville de départ plutôt qu’une ville d’opportunités. On ne construit pas une politique universitaire avec des slogans. On ne retient pas une jeunesse avec du storytelling.</span></span></p>


