Pour bien des gens qui y sont nés ou y habitent, gigantesque ou pas, New York ce n’est que leur quartier. Le tabac du coin, le coiffeur, le beauty parlor, la pizzeria, les chats de rue sur les poubelles, les bouches d’incendie, le jardin potager communautaire, les châteaux d’eau sur les toits plats, les escaliers de secours encombrés de plantes aromatiques en pots, une vue dérobée sur un des ponts, le bruit des ambulances, les clochers des églises qui rappellent l’heure de la messe, les petites vieilles et leur toutou en manteau …

Tous ces quartiers forment une mosaïque, avec des pièces déteintes et érodées, d’autres délicieusement entretenues et retouchées, et puis les neuves aux couleurs éclatantes, à l’émail lisse caressé par le soleil. Derrière toutes ces façades, les lépreuses et les grandioses, jour après jour des vies se déroulent en cris et silences. Les portes s’ouvrent et livrent le passage à ces heureux mortels pour qui la vie à Manhattan n’est qu’un banal quotidien, une vie normale.

Le pont de Brooklyn

Non, Manhattan ce n’est pas que bruit, chaos, sirènes de toutes voix, coups de klaxons, cris, piétons se mettant uniformément en marche au signal DON’T WALK. Ni les odeurs multicolores et multi-ethniques montant en fumées des petites charrettes à hot-dogs, knishes, pierogies, gaufres, burritos, tamales, et marrons chauds en saison.


C’est le nez en l’air que la magie vous saisit. Le bruit s’estompe, ne restent que la bousculade hâtive des gens toujours pressés et, pour le touriste d’une semaine ou de quelques heures, l’incomparable privilège de se laisser éblouir par ce qui fait de New York ce joyau de richesse, audace et arrogance si présent dans les films, ceux qui prenaient le temps de suivre des acteurs à pied – Breakfast at Tiffany – et non pas de nous faire croire que les rues sont sillonnées  de bolides qui emportent poubelles, étals et piétons dans leur sillage tandis que les murs sont mitraillés et s’effondrent en gravats.

Reflets

Manhattan, ce sont des linteaux de portes et fenêtres pharaoniques, des façades cristallines reflétant le soleil et la foule, des lieux cent fois vus sur l’écran mais qu’enfin on savoure, des châteaux d’eau, des gratte-ciel qui jouent aux beffrois, aux manoirs Tudor et dont plongent les regards de pierre des gargouilles ou les cascades vertes des jardins suspendus.
 Une gare belle comme une cathédrale avec des lustres qui chantonnent une valse de Vienne.

  C’est le Plaza, qui ne racontera pas toutes ses histoires. C’est la douce vallée verdoyante de Central Park, la campagne en ville, le silence dans le bruit, l’émeraude dans le ciment et le verre, l’endroit où le soleil reste au sol plus tard que partout ailleurs alors que les hauts buildings l’empêchent de caresser les profondeurs des rues depuis longtemps déjà.

Central Park, nature foisonnante au milieu du béton