Profitant de travaux sur le réseau d’assainissement, Ville et Communauté d’agglomération en ont profité pour revoir l’accessibilité des zones piétonnes, les réseaux d’eau potable, les branchements de gaz, l’éclairage public ou encore doubler la superficie du parvis de la cathédrale. Hors ces travaux invisibles enfouis dans le sous-sol, des polémiques ont surgi sur la nature de l'aménagement en surface, le choix des matériaux et les arbres abattus, 6 platanes. Immersion go !

Où est aujourd’hui, sur cette vaste place, la belle avenue d’ormes qui l’égayait jadis et sous lesquels les chanoines devisaient à loisir ? Le dernier était encore debout en 1668 ; il était énorme, mais il finit par mourir de vieillesse et de froid en 1709, et laissa la place triste et nue. Une réminiscence archéologique y a fait replanter, il y a quelques années, deux lignes de ces mêmes arbres, mais la couleur locale n’y est pas revenue.

Au moyen-âge, les condamnés à mort ou aux galères et les individus convaincus d’hérésie étaient amenés sur une charrette devant la cathédrale, une torche de cire à la main, pour faire amende honorable à Dieu et aux hommes (Archives de la Côte-d’or, B. Comptes du domaine à Auxerre).

Dans les temps modernes, parmi les faits dont cette place a été le théâtre, on a vu, aux Cents-Jours, Napoléon arrivant à Auxerre y passer la revue de sa vieille garde et des quelques régiments qui l’accompagnaient. Il portait le costume historique composé de la redingote grise et du petit chapeau. Il montra encore, dans cette occasion, son esprit soigneux et économe. Il avait revêtu d’abord un costume et un chapeau propres, lorsqu’étant arrivé près de la tour de l’église il s’aperçut que la pluie menaçait. « Qu’on aille me chercher, dit-il, ma vieille redingote et mon vieux chapeau. » Et il s’empressa de les revêtir.

Cette place était jadis plus petite qu’à présent et elle n’avait pas sa forme actuelle. Il ne faut pas oublier qu’avant le XIe siècle elle s’avançait beaucoup sur l’emplacement de la cathédrale, qui ne prit un grand développement qu’à cette époque. On abattit plusieurs maisons pour l’agrandir, mais elle se ressent toujours de sa disposition primitive. L’axe de la rue qui y conduit ne s’adapte pas avec celui de la cathédrale, preuve, comme nous l’avons déjà dit, que la ville lui est antérieure.

Son nom lui vient de celui de la cathédrale, dont la façade en est un des côtés. C’est, aujourd’hui, le seul monument resté debout, encore n’est-ce pas la faute de certains patriotes de 93.

On voyait au XIIe siècle, dans le haut de la place, une chapelle dédiée à saint Etienne, pape et martyr, et qu’on appelait chapelle de Saint-Étienne-le-Petit, pour la distinguer de la cathédrale. Lebeuf  (l'abbé historien) pense qu’elle a pu servir de paroisse aux habitants du quartier jusque vers 1240. Elle fut réunie à l’église Saint-Regnobert après le XIIe. siècle.

La chapelle Notre Dame-des-Vertus s’élevait en premier lieu contre la porte sud du grand portail de la cathédrale. C’est là que le roi Jean, passant à Auxerre en 1304, fit sa prière, assisté de l’évêque Jean Germain. Cet oratoire était très célèbre.

Au XVIe siècle, le Chapitre éleva à côté de la tour de la cathédrale une charmante chapelle de style renaissance dont il subsiste encore le fond de l’abside, qui porte la date de 1505. Elle était couverte de plomb et surmontée d’une croix de même métal, dorée de fin or par Germain Michel. Sous l’évêque Séguier on l’orna de statues. La voûte de ce petit monument s’écroula en 1780, par l’imprudence de l’entrepreneur qui était chargé de la réparer.

A gauche de la tour nord de la cathédrale était l’hôpital de Saint-Etienne, le Xenodochium dont parle déjà l’évêque Âymar au VIIIe. siècle, et qui eut sa dotation particulière jusqu’au XVIe siècle. Cette maison a appartenu, au XVIIIe siècle, au savant chanoine Potel. On y remarque un joli campanile renaissance. Elle a appartenu au siècle suivant à Mme Duru. M. Duru  y avait réuni une riche collection d’objets d’art et d’antiquités.

 

L'arbre de saint-Germain... et les feux de joie

 

La place Saint-Etienne est féconde en souvenirs. Nous pouvons peut-être y placer le fameux arbre auquel saint Germain faisait suspendre les têtes des bêtes fauves qu’il avait tuées à la chasse. Quoi qu’il en soit, lorsque le Chapitre eut été constitué distinctement avec ses biens et  prérogatives, c’est là qu’il se réunissait dans l’été pour prendre le plaisir de la promenade.

C’était sur cette place qu’arrivaient de l’abbaye Saint-Germain, au milieu du parvis, les évêques, intronisés par les quatre premiers barons du diocèse, et portés sur leurs épaules en grande cérémonie.

On y jouait quelquefois des mystères, on y tirait des feux de joie dans les grandes circonstances, et surtout on y élisait l’Abbé des Fous, chaque année, sous l’orme, le 18 juillet, en présence de la foule assemblée.(1)

On trouve à ce sujet, dans les poésies de Roger de Collerye, chanoine d’Auxerre à la fin du XVe siècle, des vers burlesques qui en disent plus que toutes les descriptions. Les voici :

 

« Sortez, saillez, venez de toutes parts,

Sottes et Sots plus prompts que lyépars,

Et écoutez notre cry magnifique.

Laissez chasteaux, murailles et remparts,

Et vos jardins et vos clos et vos parcs,

Gros usuriers qui avez l’or qui clique,

Faites fermer, marchans, votre boutique,

Grans et petitz destoupez vos oreilles,

Car par l’abbé, sans quelconque trafique,

Et ses suppostz, orrez demain merveilles.

N’y faillez pas, messieurs de la justice.

Et vous aussi, gouverneurs de police.

Admenez y vos femmes sadinettes,

……………………………………                                                     

« Vous y viendrez sans flacons et bouteilles

Car par l’Abbé (sans porter ses lunettes)

Et ses suppostz, orrez demain merveilles.

Marchans, bourgeois, vous gens de tous mestiers,

Bouchers, barbiers, cordonniers, savetiers,

Trompeurs, flûteurs, joueurs de chalumeaux.

Trouvez-vous, aussi menestriers,

……………………. couratiers,

Et apportez de vos bons vins nouveaux.

Badins, touyns, aussi mondains que veaux,

Vous, vignerons, laissez vignes et treilles,

Car par l’abbé, sans troubler vos cerveaux,

Et ses suppostz, orrez demain merveilles.

Fait et donné en ung beau jardinet,

Tout au plus près d’un joly cabinet,

Où bons buveurs ont planté maint rosier,

Scellé en queue, et signé du signet,

 

Comme il appert, de Desbride-Gosier.

 

 

  (Source Auxerre historique rues et places)

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Fête des fous, 1559, d'après Brueghel gravé par Pieter Van der Heyden

 


 (1) La fête des Fous ou fête des Innocents était pratiquée dans beaucoup de villes de France jusqu'au XVIIè Elle pouvait même être religieuse (cf. évêque-fou et abbé des fous).

On l'appelait aussi : fête de l'Âne, des Sous-Diacres, des Diacres-Saouls, des Cornards, des Libertés de décembre, etc.

Elle avait pour objet d'honorer l'âne qui porta Jésus lors de son entrée à Jérusalem, était répandue dans toute la France au Moyen Âge et se célébrait le jour de la Circoncision en janvier. On chantait un office, puis on faisait une procession solennelle et l'on se livrait à toutes sortes d'extravagances.

Ces divertissements avaient ordinairement l'église pour théâtre et les ecclésiastiques pour acteurs. Dans certaines églises, pendant les 3 jours de Saint Étienne, de Saint Jean et des Innocents (26, 27 et 28 décembre), un jeune clerc décoré du titre d’évêque des fous, Episcopus stultorum, occupait le siège épiscopal revêtu des ornements pontificaux à l'exception de la mitre, qui était remplacée par une sorte de bourrelet. À la fin de l'office, il recevait les mêmes honneurs que le prélat véritable, et son aumônier prononçait une bénédiction, dans laquelle il demandait pour les assistants le mal de foie, une banne de pardons, vingt bannes de maux de dents, et deux doigts de teigne sous le menton.

La fête des Fous, dit Aubin-Louis Millin de Grandmaison, donnait lieu à des cérémonies extrêmement bizarres. On élisait un évêque, et même dans quelques églises un pape des fous. Les prêtres, barbouillés de lie, masqués et travestis de la manière la plus folle, dansaient en entrant dans le chœur et y chantaient des chansons obscènes, les diacres et les sous-diacres mangeaient des boudins et des saucisses sur l'autel, devant le célébrant, jouaient sous ses yeux aux cartes et aux dés, et brûlaient dans les encensoirs de vieilles savates. Ensuite, on les charriait tous par les rues, dans des tombereaux pleins d'ordures, où ils prenaient des poses lascives et faisaient des gestes impudiques.

Ce n'étaient pas seulement dans les cathédrales et dans les collégiales que ces joyeusetés se célébraient : elles étaient aussi pratiquées dans les monastères des deux sexes.

Les jeunes personnes qu'on pouvait surprendre au lit le jour des Innocents, 28 décembre, recevaient sur le derrière quelques claques, et quelquefois un peu plus, quand le sujet en valait la peine. La coutume de donner les innocents n'est pas un de ces usages isolés qui ne puisse être comparé à aucun autre. Dans diverses villes, les chanoines, les ecclésiastiques, et quelquefois, les séculiers étaient, à certains jours de l'année, pris le matin, dans leur lit et dans un état complet de nudité, conduits par les rues, dans les églises jusque sur l'autel, où on les arrosait d'eau. Des indécences du même genre avaient aussi trouvé leur place parmi les folies que les ecclésiastiques se permettaient le jour des Innocents. Ils allaient jusqu'à promener par la ville et exposer sur des théâtres des hommes entièrement nus.

Des mesures furent prises pour mettre fin à ces désordres. La toute première condamnation fut proclamée vers 1198 à la demande d'Odon de Sully. La suivante émane du au Concile de Bâle en 1431, lors duquel un ban fut publié le 31 décembre 1519

Mais si le personnage a disparu des comptes de la ville, le subside habituel y est continué au vicaire de l'église Saint-Pierre et à ses suppôts. Le prélat des fols réapparaît encore en 1525 et 1526. La dernière mention en est faite au compte de 1526 : Aux vicaires et suppos du prélat des folz de Saint Pierre en support de spris par eulx donnés à ceulx qui, en decorant la procession, ont joué plusieurs belles et honourables histoires rommaines, XII livres. Le ban d'interdiction fut alors renouvelé. La fête fut progressivement interdite par les instances religieuses et civiles (Richelieu)

On peut notamment retenir les villes de Dijon avec l'Infanterie dijonnaise, de Ham qui avait un prince des fous, de Sens. (Source : Wikipedia)

Paillarde, exubérante, bruyante, subversive, cette fête dérivait d'une ancienne fête romaine dédiée à Saturne, le dieu de l'agriculture. Pendant « Saturnalia », trois jours de fête durant l'hiver, les tribunaux et les écoles étaient fermés et les esclaves étaient les égaux de leurs maîtres. Connaissant les racines païennes de la Fête des Fous, sans même faire mention de sa dimension iconoclaste, il n'est pas étonnant que les autorités de l'Église médiévale aient cherché à la supprimer…

 

  

        Vue partielle de la place aménagée (DR)

 

FÊTE ET FEU D'ARTIFICE SAMEDI

 

À 12 h 30 samedi 15 décembre : inauguration de la Place St-Etienne, et à 14 h 30 inauguration du marché de Noël . Cette dernière sera suivie du grand spectacle de Noël sur le parvis de la Cathédrale, et du feu d’artifice à 17 h 30, place St-Etienne.


NOËL SE PRÉPARE

 



 

 

 

RÉTRO