Zéphirin Camélinat est né à Mailly-la-Ville dans l'Yonne, le 14 septembre 1840.

Son père – Camélinat le rouge -  était vigneron, tailleur de pierre et parfois terrassier. Un républicain convaincu, un homme de la terre, avec des bras que l’on imagine robustes tout comme ses idées. En mars 1856, à la fin d’un hiver qui a tué les arpents de la vigne familiale de son souffle polaire, Zéphirin « monte à Paris » comme tous ces jeunes gens qui veulent trouver du travail, du vrai, et monter, monter dans le confort, la carrière, la vie, et dont souvent les idées montent aussi au gré des métamorphoses que leur impose la vie. Il a 16 ans.

 


Après une halte de 6 semaines à Ozoir-la-Ferrière qu'il passe à biner les betteraves, il arrive à Paris où il suit une formation aux Arts et Métiers, étudie l’anglais, et enfin apprend le métier d’ouvrier bronzeur et ciseleur chez un artisan. Et oui, il monte. Il excelle. Il devient l’un des meilleurs. L’Opéra Garnier bénéficie de son art. Mais sa vraie ascension est celle qu’il fera dans son implication à la réalité sociale de son temps. Nous sommes dans les années 1860. Il participe à la reconstitution des organisations ouvrières, signe le « Manifeste des soixante » en faveur de candidatures ouvrières, et fréquente Proudhon et Varlin. Il adhère, dès sa création, à l’Association Internationale des Travailleurs.

 

Zéphirin Camélinat en 1854


La Commune le voit directeur de la Monnaie, et il y est d’une rigueur et honnêteté exemplaires. En mai 1871, après avoir échappé de justesse à la mort sur les barricades de la semaine sanglante, il fait évacuer une somme considérable en pièces de monnaie sous le nez des Versaillais et l’argent est acheminé à la mairie du IIème pour être distribué aux soldats fédérés. C’est le prétexte que le 19ème conseil de guerre choisira pour le condamner « pour insurrection, vol et pillage à la Monnaie » à la déportation. 


Grâce à l’aide d’un ami, c’est avec un faux passeport qu’il s’enfuit alors en Angleterre où il reprend ses activités de bronzeur tout en militant pour le socialisme.


Mais son ascension reprend dès son retour. Il est gracié en 1879, et on le retrouve parmi les premiers socialistes élus en 1875, et la Chambre le voit défendre les pauvres, chômeurs et mineurs. Il rejoint l’alliance républicaine et socialiste du gendre de Karl Marx, Charles Longuet. Ses qualités humaines le font respecter et aimer, sans qu’il soit jamais pour autant un personnage de premier plan. Il devient également courtier en vins et liqueurs de Bourgogne, n’ayant pas été réélu. Il aime profondément l’Yonne, ses racines enlacées à celles des plants de vigne de ce terroir qui l’a vu naître. Il entre dans la franc-maçonnerie.

 

Zéphirin Camélinat


C’est au lendemain de la première guerre mondiale qu’il devient l’un des fondateurs du Parti communiste. En 1924, alors qu’il est âgé de 84 ans, il est le premier candidat communiste à l’élection présidentielle. Il obtient 21 voix.


C’est à son domicile parisien qu’il s’éteint le 5 mars 1932, et sa dépouille, quittant Paris par la gare de Lyon pour revenir sur sa terre natale de vignobles silencieusement ardents, est accompagnée de dizaines de milliers d’ouvriers. Le dernier communard avait terminé de monter et pouvait reposer.


Il repose dans le cimetière de Mailly-la-Ville.

La pierre tombale de Zéphirin Camélinat

 

Zéphirin Rémy Camélinat (Mailly-la-Ville, Yonne, 14 septembre 1840 - Paris, 5 mars 1932)

 

                                               
        Suzanne DEJAER