Le conclave, c'est parti !  Les cardinaux sont enfermés dans la chapelle Sixtine (DR)

 

Tout ce qui suit la fermeture des portes de la chapelle Sixtine est secret : si les médias sont autorisés, avant le conclave, à en photographier les lieux ou les objets (les bulletins de vote, les urnes ou encore les poêles qui servent à produire les fumées noire ou blanche), le scrutin lui-même se déroule loin des caméras et appareils photos.

La Constitution apostolique de 1996 interdit expressément l'introduction dans la chapelle d'un «moyen d'enregistrement ou de transmission audiovisuelle» ainsi que les communications vers l'extérieur (y compris via Twitter), mais on dispose pourtant d'images des conclaves: celles imaginées par les cinéastes ou téléastes qui en ont reconstitué un dans leurs œuvres - notamment Nanni Moretti dans Habemus Papam, film que la renonciation de Benoît XVI a rendu prophétique
 

 

Des images qui, malgré les obstacles rencontrés par les réalisateurs (Moretti, par exemple, n'a pas pu tourner au Vatican et a fait reconstituer la chapelle Sixtine à Cinecitta), permettent d'imaginer à quoi ressemblera de l'intérieur le conclave. Du moins, à quelques détails près —on devrait échapper à l'immolation par le feu d'un cardinal que nous montre Anges et démons de Ron Howard. A priori, celui de 2013 ne devrait pas non plus ressembler à ceci ... pour au moins trois raisons :

  • ce conclave, décrit par Maurice Druon dans Les Rois maudits, transposés à l'écran en 1972, n'a pas eu lieu au Vatican mais à Lyon.
  • alors que celui de cette année devrait durer une poignée de jours, il avait fallu deux ans aux cardinaux pour élire le Français Jacques Duèze sous le nom de Jean XXII (l'acteur qui l'interprète, Henri Virlojeux, occupera ensuite une fonction encore plus prestigieuse: c'est lui qui double l'Empereur Palpatine dans Le Retour du Jedi).
  • pour accélérer la procédure, le roi de France avait fait murer le conclave.

 

 

Pour voter, les cardinaux écrivent sur une feuille blanche non pré-imprimée. Ils défilent un à un devant l'urne et prononcent le serment suivant : «Je prends à témoin le Christ Seigneur, qui me jugera, que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge devoir être élu.»   Ils posent ensuite leur bulletin sur un plateau qui recouvre l'urne, puis le font glisser.

Le dépouillement est assuré par trois cardinaux scrutateurs tirés au sort avant chaque série de votes. Tous les bulletins passent successivement dans leurs mains, le troisième scrutateur lisant à haute voix le nom inscrit sur chacun, avant de le noter puis de le perforer d'une aiguille sur le «Eligo», afin d'enfiler les bulletins au fur et à mesure sur un fil. Les cardinaux notent à fur et à mesure les «scores». Une fois le dépouillement fini, trois d'entre eux également tirés au sort, les réviseurs, contrôlent les bulletins et les totaux.

Une majorité de deux tiers des voix étant nécessaire pour être élu, il y a généralement plusieurs tours —depuis le début du XXe siècle, le nombre minimum a été de 3, en 1939, et le maximum de 14, en 1922. Les cardinaux peuvent voter une première fois dès le premier après-midi du conclave, puis votent deux fois le matin et deux l'après-midi.

Après un vote négatif, les bulletins et les notes sont brûlés avec un additif chimique, produisant une fumée noire sur la place Saint-Pierre.

Si, sous peine d'excommunication, les consignes de vote sont officiellement interdites, de même que «toute espèce de pactes, d'accords, de promesses ou d'autres engagements» sur les votes, et si les cardinaux sont fortement incités «à ne pas se laisser guider [...] par la sympathie ou l'aversion» dans leur vote, ils discutent entre eux entre les scrutins.

Plusieurs téléfilms ont d'ailleurs tenté de reconstituer comment, en 1958, les cardinaux les plus influents avaient fini par s'accorder sur un pape (qu'ils croyaient) de transition, Jean XXIII.

 

Ou comment, en 1978, le primat de Pologne Stefan Wyszyński avait convaincu Karol Wojtyla, futur Jean Paul II, d'accepter son élection imminente.

 

L'élection du nouveau pape est acquise quand un candidat dépasse les deux tiers des voix. Dans la seconde scène de dépouillement de Habemus Papam, Moretti la montre via des plans des cardinaux qui, au fur et à mesure que s'égrènent les votes, chuchotent, regardent avec admiration le cardinal Melville (Michel Piccoli), puis se lèvent pour l'applaudir avant même le dernier bulletin dépouillé. Le film reflète bien comment peut émerger au fil des tours un candidat de compromis, puisque le nom du personnage n'était même pas mentionné lors du premier dépouillement...

Une fois un pape élu, le doyen des cardinaux électeurs par l'ordre et l'ancienneté lui demande son consentement («Acceptez-vous votre élection canonique comme Souverain Pontife?») puis son nom de règne. Les bulletins de vote sont alors brûlés, cette fois-ci pour produire une fumée blanche annonçant l'élection. Le nouveau pape va revêtir la tenue pontificale: une soutane blanche (préparée en plusieurs tailles, pour s'adapter à la corpulence de l'élu) et une pèlerine de velours rouge. Le travail de la maison Gammarelli, habilleuse de pape depuis plus de deux siècles. Il reçoit ensuite l'hommage et l'acte d'obédience, un par un, de tous les cardinaux qui viennent de l'élire. (Avec Rue 89)