Après le passage, mardi, devant le gendarme financier, le nouveau président de l'AJA part en Chine pour rencontrer James Zhou (DR)

 

Au moins l'analyse est facile. Il n 'y a pas å se prendre la tête.

Symboliquement, l'arrivée de Francis Graille, acte chinois imposė par l'actionnaire majoritaire chinois Org Packaging, correspond à la véritable prise en mains du club mythique par James Zhou.

Francis Graille recruté par un cabinet de chasseurs de têtes est un président, homme d'expérience qui s'est impliqué à Lille et au PSG, clubs qu'il a présidé au début des années 2 000. C'est azussi un homme de communication, journaliste au départ qui a développé des entreprisesdans la sphère du sport.

Tout est å faire à l'AJA. Tout.

Élaborer un projet en fonction d'une vision, choisir les hommes et les cadres, définir les moyens pour atteindre l'objectif.

Francis Graille, après le passage, mardi, devant la DNCG (direction nationale du contrôle de gestion) où il doit donner les assurances de recettes pour couvrir le déficit d'exploitation d'un budget qui a dérapé de 12 millions d'euros à 14, 5 millions aggravant le deficit prévu, ainsi que présenter un budget prévisionnel à l'équilibre avec les garanties nécessaires qui serait à hauteur de 20 millions d'euros, se rendra en Chine pour rencontrer James Zhou avec lequel sera établie la feuille de route.

À l'AJA, le passé et le passif sont lourds et pèsent dans la balance.

Rien ne sera plus jamais comme avant. Le temps a fait son oeuvre.

C'est une nouvelle page qui s'ouvre. Une nouvelle aventure programmée qui est initiée. Et le chantier est immense.

La question est de savoir si le club peut être dirigé de l'extérieur et réussir.

Posons la question autrement : la force d'Auxerre fut de s'appuyer sur les forces vives du territoire. De ce territoire, des hommes et des femmes se sont impliqués avec passion et ont vécu l'aventure AJA avec passion et compétence sous l'ère Guy Roux (jusqu'à 300 bénévoles au stade les jours de match), une trajectoire d'exception qui relève aujourd'hui, d'un autre univers du foot, dont l'économie et la place dans la société du spectacle ont évolué de manière radicale.

Francis Graille a fait le tour du propriétaire et l'état des lieux. Il a échangé avec nombre d'acteurs y compris le vestiaire. Il a pu mesurer le degré de la pente de la montagne à gravir.

Tout est à reconstruire à commencer par l'équipe pro qui, à nouveau, va être décimée, dépeçée, comme chaque année, prêts de joueurs et contrats éphémères obligent sans compter les fins de carrière et les départs comme celui déjà acté d'Aguilar en partance pour Montpellier et les ratés avec les jeunes.

 

Construire une architecture humaine

 

Ce ne sont pas des noms : Roche, Jérôme Leroy, Le Guen, Daniel Dutuel, Fabien Cool etc. qui feront la différence.

C'est l'architecture humaine tissée fil après fil se nouant inextricablement, fondée sur la vision et le projet auquel doivent adhérer en se l'appropriant les futurs cadres et joueurs. C'est l'état d'esprit et le travail, pour renouer avec les valeurs de l'AJA vidée de son ADN. Affirmer une nouvelle identité, une vraie identité.

Plus que tout, c'est le tissu des relations humaines, une qualité de relationnel, de l'humanité qui s'imposent le plus dans un club rendu exsangue par les réalités depuis trois ans et plus. C'est sur ce terrain que Francis Graille devra relever le défi et gagner le pari.

Ce n'est pas gagné dans un environnement auxerro-auxerrois où les anciens sont dans la maison avec leur histoire, leur vision, et leur capacité à observer et à résister.

Mais le monde a changé ainsi que les attentes et l'imaginaire d'exigences des nouveaux supporters et spectateurs du dieu spectacle football moins connaisseurs que leurs aînés et bien plus exigeants.

Le nouveau président, 62 ans pas encore l'âge de la sagesse consacrée à 81 ans par Platon, n'est pas un magicien, mais il devra rassembler, réunir les partenaires qui ont fui car méprisés par une institution devenue froide, silencieuse comme une machine métallique sans chair humaine.

On veut croire qu'il sera plus présent à Auxerre que Guy Cotret ne le fut. Sans cela, c'est peine perdue d'avance. Il faut un meneur, une figure de proue qui soit au four et au moulin, qui anime une équipe, entraîne les partenaires, les aime, et tempère les forces contraires passionnées, au service d'un idéal commun, d'un objectif clair et précis.

Oui c'est un sacré chantier qui est ouvert. Celui de l'espérance d'une nouvelle aventure humaine programmée. Il n'y a rien de supérieur à l'aventure collective partagée.

 

Pierre-Jules GAYE

 

James Zhou, patron d'ORG Packaging actionnaire principel de l'AJA, est aussi le nouveau propriétaire de château Renon en Bordelais un château du XVIIe siècle qui fait du liquoreux prisé par les Chinois. ( © JPS). Château Renon, c’est le 100e château achété par les Chinois dans le Bordelais depuis 2008. James Zhou qui a fait fortune dans le packaging de l’agro-alimentaire en Chine est aussi propriétaire de nombreux domaines en Australie.