Qu’y a-t-il donc dans la course, liquide et scintillante, de l’Yonne pour qu’elle semble justement courir à travers le mal, et que les mal-faisants soient si bien protégés ? Une telle accumulation de monstres ne se fait pas sans complicités d’importance. Bien sûr, le vice rend complices, ça pourrait même être une devise, un immonde code de ralliement. Bien sûr, les indignations de bon ton, les affirmations solennelles d’une parfaite intégrité, d’un inébranlable désir de justice, d’une personnalité humaniste et fine… c’est l’écran de fumée très opaque qui va de mise avec la foire aux monstres.

La foire aux monstres et les enquêtes foireuses. Les témoins ou enquêteurs au nez trop fin - merci, cher Gendarme Jambert ! - « sacrifiés par la décision d’en haut » que l’on suicide ou accidente.

Et l’inertie scandaleuse des services « bien placés », la DDAS ou l’ANPE par exemple (j’ai personnellement, à 23 ans, été « engagée » via l’ANPE par un type on ne peut plus louche qui m’a baladée toute une journée dans le quartier des bordels à Marseille et puis des chantiers où on m’a regardée comme une vache mise aux enchères… Trop hostile pour son goût il m’a dit en fin de journée que nous ne nous entendrions pas, ce qui m’a certainement sauvée, mais deux jours après, son « bureau » avait disparu. Merci l’ANPE qui vérifiait soigneusement les infos des candidats mais beaucoup moins celles des employeurs).

 

Palais Zuccari, Rome - D.R.

 

Ces monstres sexuels existent partout. Absolument partout. Mais ils ont leurs fortins, leurs acolytes, leurs appuis, leurs fournisseurs ou clients.

 

Il y a des lieux, qui deviennent pour les victimes, des portes de l’enfer, et les cerbères en sont vigilants, tenus par le vice-complice. Les victimes ne sont pas des femmes ou jeunes femmes ou jeunes hommes pour eux mais des proies, des proies qui parlent et crient sans doute mais n’ont aucune importance. Ca vit et puis ça peut mourir accidentellement pendant qu’on s’en sert, ou d’usure, ça meurt en tout cas, et c’est le destin des proies, il y en a d’autres, et on sait quelles routes ou filières suivre pour ne pas en manquer.

Sous nos pieds, des corps, qu’on ne retrouvera pas. Dans les caves de maisons devant lesquelles nous passons, des drames dont nous ne saurons jamais rien. Derrière des bureaux surmontés d’une photo de madame et les enfants, des monstres qui savent mais protègent les portes de l’enfer. Les cerbères. C’est chez nous que ça se passe.

 

Cerbère, gardien des enfers

 

Et ici et là, des amis, parents, voisins qui toute leur vie souffriront du vide affreux de la « disparition inexplicable ».

 

                                                                          Suzanne DEJAER